Barbara Olivier : un sourire qui crève l’écran

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Qui est Barbara Olivier ? D’où vient-elle ? Quel est son parcours ?
La question est très large, je vais essayer de faire court. Je suis une journaliste passionnée. J’ai un parcours plutôt atypique. J’ai fait une école de communication, après une licence d’histoire. J’ai commencé à travailler en collectivité en tant qu’attachée de presse responsable des services de communication pour une collectivité en Guadeloupe. Et puis à un moment donné, j’ai vraiment eu ce déclic, ce sentiment très fort que j’étais en train de passer à côté de ma vie. Le métier de journaliste était pour moi un rêve d’adolescente. Le manque de confiance ne m’a pas aidé à choisir cette filière dès le départ, et à 25 ans je me suis dit qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout. Je pense qu’il est important pour tout individu de trouver sa vocation, sa raison d’être pour être utile à cette société, à ce monde, et j’ai donc décidé de retourner à l’école, en école de journalisme et de me lancer.

Qu’est-ce que ce métier t’apporte au quotidien ? Et qu’apporte-t-il à la société ?
Il apporte la satisfaction d’avoir le sentiment d’être utile. D’être utile aux Guadeloupéens, d’être au service de l’information. Je fais du direct, tous les soirs je reçois des invités différents. Je m’enrichis aussi de ces personnes qui viennent sur le plateau, des sujets qui sont traités tous les soirs. De découvrir les acteurs, ceux qui font vivre la Guadeloupe et c’est cette satisfaction que m’apporte ce métier de journaliste.

Explique-nous comment tu prépares un journal.
Alors le matin il y a la conférence de rédaction. Bien évidemment, je lis beaucoup l’information, je m’en nourris tous les jours non-stop. Le métier de journaliste ne s’arrête pas le vendredi soir quand je quitte le plateau, ça se confond beaucoup avec ma vie personnelle. C’est un travail d’équipe, il n’y a pas que la présentatrice, elle est une vitrine, mais derrière il y a une équipe qui travaille à fond. À ATV Guadeloupe il y a énormément de filles, journaliste JRI, reporter d’images. Nous choisissons ensemble les sujets qui seront abordés le soir. En général, il y a une priorité à l’actu chaude, ce qu’on appelle les news, et ensuite on essaye d’avoir une actualité un peu plus froide avec des informations, des initiatives positives qui se passent dans l’archipel.

Quelles sont pour toi les qualités d’un bon journaliste ?
La perspicacité, la pugnacité et puis la passion, l’amour du métier. Si l’on n’aime pas ce métier, je crois que ce n’est pas la peine. C’est un métier précaire. Il y a beaucoup de pigistes qui restent 5-10 ans sans avoir de contrat, sans pouvoir construire une vie, ce n’est pas rien. Vous êtes réveillé à 22h pour faire un sujet, à 7h du matin vous êtes déjà sur le terrain, il faut vraiment avoir cette passion parce que ce n’est pas un métier facile.

Quelle place donner aux réseaux sociaux dans l’actualité ? Sont-ils devenus trop envahissants ?
Sincèrement oui. Le réseau social est devenu un média incontournable. Cependant, il oblige les journalistes à s’adapter, à être beaucoup plus rigoureux, et c’est une bonne chose, parce qu’il décrédibilise un peu le métier. Tout le monde s’improvise journaliste sur les réseaux sociaux, quitte à créer un climat complètement anxiogène avec de fausses informations. Le réseau social à sa place, je pense qu’il y a une pédagogie à mettre en place pour aider les gens à s’en servir, ATV Guadeloupe est sur Facebook. Indispensable, mais à prendre avec précaution, et une vraie pédagogie à mettre en place pour ne pas se laisser dépasser.

Que penses-tu du journalisme en Guadeloupe ?
Je pense qu’il y a une vraie évolution. Nous sommes les héritiers d’un travail titanesque qui a été accompli par des journalistes engagés, qui avaient vraiment cette volonté de conscientiser les peuples. Il faut savoir qu’avant la priorité était donnée à l’information nationale, au détriment de l’information locale, à croire qu’elle n’avait pas de valeur ni d’importance. Ces personnes, pour la plupart d’entre elles, ont pris naissance avec le courant indépendantiste qui a permis une conscientisation de la population. Vous avez eu 7 Magazine, Nouvelle Semaine, Etincelle… Il y a une vraie offre au niveau de la presse écrite. Aujourd’hui on assiste à l’émergence d’une presse gratuite qui arrive à perdurer, c’est vraiment formidable. Et je pense qu’avec cette nouvelle génération de journalistes qui est en train de bousculer les codes, il y aura encore de grandes choses en Guadeloupe. Seul petit bémol, il n’y a pas de censure chez nous. Il y a une autocensure, qui je pense est normale, car nous sommes sur un petit territoire, il y a beaucoup d’intérêts, il est difficile de livrer toutes les informations, la preuve il n’existe pas de magazine d’investigation en Guadeloupe. C’est quelque chose d’assez révélateur.

Quelles sont tes inspirations ? Est-ce qu’il y a des personnes en particulier qui t’inspirent et te motivent à faire ce que tu fais au quotidien ?
Il y en a énormément, je m’en nourris chaque jour par mes lectures. Bien évidemment dans le milieu journalistique je pense à Audrey Pulvar pour sa pugnacité, son parcours. Elle est arrivée d’ATV Martinique elle se retrouve à France 3, elle a ouvert une porte, Christine Kelly peut être bien avant. Je trouve qu’elle a un parcours formidable. Il y en a plein d’autres, je pense à David Pujadas pour sa pédagogie, sa répartie. Je pense qu’en général, les gens qui m’inspirent vraiment, quel que soit le milieu, sont les personnes qui se donnent à fond, quitte à s’oublier pour se mettre au service des autres. Ce sont pour moi de grandes sources d’inspiration. Je pense par exemple à ce médecin en République démocratique du Congo, Denis Mukwege, qui répare les vagins des femmes. Ce sont vraiment des sources d’inspiration qui méritent d’être démocratisées et connues pour inspirer les jeunes et leur faire comprendre que dans la vie il y a un but, un objectif à atteindre, il ne suffit pas de travailler et de gagner de l’argent. La vie a beaucoup plus de sens que ça.

Nous sommes en plein dans la rentrée 2017, comment tu te prépares pour la reprise ?
Je la prépare sereinement, malgré tous les évènements liés à l’ouragan Irma, nous avons été beaucoup sollicités par les médias nationaux. L’idée pour nous, l’équipe et moi, c’est d’installer le journal d’ATV Guadeloupe dans le paysage audiovisuel guadeloupéen. D’apporter de l’information, de la proximité, de continuer à donner la parole aux Guadeloupéens. D’apporter un journal différent de ce qui existe déjà, avec parfois une touche d’humour, une information qui peut être décalée, sans oublier bien sûr d’apporter les informations principales, ce que l’on appelle le news. Mais notre volonté est vraiment d’apporter une information qui reflète davantage la réalité. C’est-à-dire les faits divers, mais pas seulement. Parler également des bonnes actions qui se font en Guadeloupe, de restituer une réalité qui nous semble beaucoup plus juste.

Barbara Olivier
Barbara Olivier

Mettons le journalisme de côté, quand elle n’est pas sur le plateau quels sont les loisirs de Barbara Olivier ? Comment se détend-elle ?
Barbara Olivier est une adepte de ce que l’on appelle le « slow life », alors je prends vraiment le temps de vivre. Je passe beaucoup de temps avec ma famille, mes amis, mon mari. J’apprécie les petits moments. Je trouve que l’on vit sur un territoire paradisiaque. Juste de prendre le temps, le samedi matin de me rendre à la Datcha pour prendre un bain et rentrer chez moi pour ensuite préparer mon repas, pour moi c’est juste extraordinaire. Quand on a vécu dans l’hexagone, on voit bien qu’il y a une grande différence et que c’est vraiment un privilège.

Un plat typique pour te représenter ?
Le court-bouillon de poisson. Parce qu’il est coloré. Il me renvoie à quelque chose de très joyeux. D’un point de vue gustatif il est juste excellent. Ce métissage j’adore ! Ça me rappelle les Antilles. Le court-bouillon de poisson est le repas emblématique de notre région, de cette diversité et toutes ces cultures, et de la mer.

Un lieu ?
Un lieu qui me tient à cœur c’est la section de Sainte Marguerite au Moule, qui est entre la campagne et la mer. C’est un lieu formidable, j’aime y aller le dimanche après-midi pour me reposer, me détendre et prendre le temps de me recentrer sur moi, de retrouver cette paix, ce calme intérieur, et d’apprécier la vie dans tout ce qu’elle a de plus beau.

Et un livre qui t’a marqué particulièrement ?
Il y en a un qui m’a marqué pendant des années, je n’arrêtais pas de le lire c’est Manon Lescaut de L’Abbé Prévost. C’est un roman très romantique, c’est l’histoire d’une jeune femme qui se prostitue par amour. Ça m’a marqué pendant des années jusqu’à un point de rupture. Un livre plus actuel qui m’a énormément touché, c’est le livre de Maryse Condé « La vie sans fards ». C’est la première fois qu’elle se livre autant, un livre vraiment vrai, autobiographique, où elle parle d’elle. On a du mal à imaginer que ce grand écrivain est pu connaître autant de péripéties pour en arriver jusque là. Je pense que c’est aussi un exemple pour beaucoup d’Antillais, et plus largement pour beaucoup de noirs.

Barbara Olivier est-elle adepte de séries ? En a -t-elle à nous recommander ?
Non pas vraiment. Je ne suis plus du tout adepte des séries. J’évite même de regarder la télé, je regarde les informations, les magazines. Je suis plus lecture que télé.

Quelle est la chose la plus folle que tu aimerais nous dire pour clôturer cette interview ?
Je suis plutôt raisonnable, s’il y a quelque chose d’assez inattendu de la part d’une journaliste devant un média c’est de dire aux gens « aimez vous ». Je pense que les récents évènements qui se sont déroulés dans les îles du Nord nous montrent à quel point la solidarité et l’entraide sont des valeurs essentielles. Je reviens toujours à la quintessence de la vie, le sens de la vie c’est important. Que les Guadeloupéens prennent conscience qu’ils vivent sur un archipel paradisiaque, qu’ils comprennent qu’ils ne forment qu’un seul peuple. Ils doivent s’aimer, prendre le temps de s’aimer, prendre le temps d’aider son voisin. Cette année j’aimerais vraiment m’investir dans le milieu associatif, faire du bénévolat. Parce que je pense que cette société, avec le mode consommation qu’on nous a entre guillemets imposé, n’aura pas d’autre choix que de s’investir. La société civile a un devoir d’apporter aussi sa contribution. Si chaque Guadeloupéen apportait dans son domaine de compétence, ses services à la population, mais vous imaginez le bond que l’on ferait ? Ce serait juste extraordinaire. Quelque soit le domaine, du fleuriste à l’enseignante, au directeur de recherche, 1h, 2h par semaine au service des autres. C’est une utopie, mais ce serait quand même magnifique.

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